Article 164 B CGI : on ne peut pas imposer un contribuable sur des revenus qu’il n’a pas perçus

La Cour administrative d’appel de Paris vient de rappeler un principe fondamental en fiscalité internationale : un contribuable ne peut pas être imposé en France sur des revenus qu’il n’a pas directement perçus, même s’il en est le bénéficiaire économique.

La Cour administrative d’appel de Paris vient de rappeler un principe fondamental en fiscalité internationale : un contribuable ne peut pas être imposé en France sur des revenus qu’il n’a pas directement perçus, même s’il en est le bénéficiaire économique.

Une tentative de taxation fondée sur le “bénéficiaire économique”

Dans cette affaire, une mannequin résidente britannique réalisait des prestations en France par l’intermédiaire de deux sociétés étrangères dont elle était associée. Ces sociétés facturaient les prestations à une société française, encaissaient les revenus, puis les redistribuaient sous forme de dividendes.

L’administration fiscale française a considéré que la contribuable était le bénéficiaire économique réel de ces sommes et a tenté de l’imposer personnellement en France sur le fondement de l’article 164 B du CGI, en s’appuyant également sur la convention fiscale franco-britannique.

La Cour rappelle les limites du droit fiscal

La Cour rejette cette analyse de manière claire.

D’une part, l’article 164 B du CGI suppose une perception directe des revenus. Or, en l’espèce, les sommes avaient été encaissées par les sociétés étrangères, et non par la contribuable elle-même.

D’autre part, la Cour souligne qu’une convention fiscale internationale ne peut pas, à elle seule, servir de base légale à une imposition. Elle a uniquement pour objet de répartir le droit d’imposer entre États, et non de créer une imposition là où le droit interne ne le permet pas.

L’article 17 des conventions fiscales modèle OCDE strictement encadré

L’administration invoquait également l’article 17 de la convention franco-britannique, relatif aux artistes et sportifs, qui permet dans certains cas d’imposer les revenus même lorsqu’ils sont perçus par une autre personne.

Mais la Cour précise deux points essentiels :

  • les mannequins ne relèvent pas nécessairement de cette catégorie ;
  • en tout état de cause, cet article ne permet pas d’imposer directement une personne physique sur des revenus encaissés par une société tierce : il ne fait que déterminer dans quel État ces revenus sont imposables, et non entre les mains de qui.

Une décision structurante pour les non-résidents

Cette décision est importante pour les non-résidents structurant leurs activités à l’international.

Elle confirme que :

  • la notion de bénéficiaire économique ne suffit pas à fonder une imposition en droit français ;
  • l’administration ne peut pas contourner l’absence de perception directe via une convention fiscale ;
  • les conventions fiscales sont des instruments de répartition du droit d’imposer, et non des fondements autonomes d’imposition.

En pratique, cette jurisprudence limite les tentatives de requalification visant à imposer directement une personne physique lorsque les revenus sont perçus par des sociétés étrangères.